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Lundi 16 juin 2008

S’il ne fallait retenir qu’un seul instant au cours de cette superbe aventure, lequel choisirions nous ?

 

La première réunion du groupe des neufs, dans la bonne humeur et agrémentée des délices de la bouche soigneusement préparés par Sylvie et Jacques, au cours de laquelle chacun a su mesurer l’importance d’une bonne préparation pour une telle course ?

Nous ne nous connaissions pas tous mais les amitiés naissantes spontanées ont rapidement catalysé la mayonnaise et chacun est rentré à la maison son rôle en poche bien ficelé.

 

La surprise d’exception chez Pépé, avant le départ, lorsque Sylvie et Jacques ont offert à chacun le tee-shirt du team aux couleurs des Traînes La Grolle ?

A ce moment là, on s’est tous pris pour le team ALINGHI allant fendre la Méditerranée dans les eaux de Valence pour conquérir l’America Cup. Rassurez-vous, quand on nous a dévoilé le budget de la course et nos salaires respectifs, on a vite remis les pieds sur terre et pris la route pour la Bienna Cup.

 

La panique sur l’autoroute, à la hauteur de Gland où, dans un mépris total de la propreté légendaire Suisse, le bus de Pépé a lâché un pet foireux parsemant le pare-brise des voitures suiveuses d’une rosée noirâtre que les conducteurs se sont empressés de bien étaler en enclenchant leurs essuie glaces ?

Une panique, car les membres de l’équipe des deux autres voitures qui suivaient ont cru au désastre en imaginant que le moteur du VW avait explosé : appels de phares, coups de klaxon et gestes de désespoir ont contraint Pépé a stopper à la prochaine station service toute proche. « Foi Dieu ! » s’exclama Pépé à toute l’équipe consternée par l’état de l’arrière du bus constellé d’or noir. « C’est normal, j’ai refait le niveau du moteur la veille à l’huile de colza et, vu son grand âge, il a du mal a bien digérer. »

 

Notre repas du soir, dans un cadre splendide sur la pelouse d’une entreprise Biennoise proche du départ, préparé amoureusement par Chantal, Sylvie et Odile ?

Là aussi, nous avons dégusté les coquillettes fraîchement cuisinées par Philippe peu de temps avant de se mettre à table. Philippe, masseur et diététicien officiel du team, avait précisément dosé nos rations selon des critères scientifiques indiscutables : 200 gr pour Jacques et 150 gr pour les accompagnateurs en vélo. Le calcul est simple : 2 gr par Km pour le coureur et 1,5 gr par Km pour les cyclistes. Au-delà le dopage à la coquillette, encore d’après Philippe, est facilement décelable en cas de contrôle. J’ai surfé sur le net tout le week-end et impossible de trouver ces données, je me demande si ce n’est pas encore un problème de budget car j’aurais volontiers mangé une dose supplémentaire en sachant le froid glacial de la nuit qui nous attendait.   

 

La séparation de l’équipe et le départ des vélos accompagnateurs donné à 21h40 soit 20 minutes avant les coureurs que nous sommes sensés retrouver à Lyss au kilomètre 22 environ ?

Oui ! Le départ de ces milliers de vélos, entre Chien et Loup, est impressionnant et un petit frisson nous a parcouru l’échine, un peu frustrés, bien sûr, de ne pas voir le départ de Jacques et des filles pour le night walking de 21 Km.  

       

La seule et unique déception de cette belle nuit où, à Lyss, il m’a fallu faire preuve d’une énergie folle pour remonter le moral de Christophe et de Stéphane ?

En effet, le temps d’aller satisfaire un besoin pressant et je les retrouvais effondrés, sur les marches d’un bistrot . Ils n’avaient pu s’empêcher d’aller guigner aux fenêtres du dit-bistrot pour voir le score de l’équipe de France contre les Pays-Bas.

Notre attente à Lyss, impatients de retrouver Jacques après cette première partie de course et pour mettre un terme à nos multiples interrogations d’inquiétude ? Nous nous sommes postés peu après Lyss afin d’éviter la cohue des vélos et le risque de le manquer. Nous étions un peu inquiets car la côte après Lyss était impressionnante et nous l’avons franchie debout sur les pédales, encore anxieux car le temps nous paru bien long entre le premier coureur déjà là après 1h30 de course et l’arrivée de notre poulain.

 

Le moment des retrouvailles avec notre protégé vers 12h10 ?

Nous sommes soulagés d’entendre son grand cri guttural de coureur dans la nuit  ( je ne sais pas si l’on peut parler du brame du coureur dans ce cas, les spécialistes me répondront ? ): « Allez les Traînes La Grolle ! », c’est Jacques qui nous a aperçu le premier. En effet, nous avions décidé d’une position et de signes de connivence pour assurer la jonction : à droite sur la route sur un site éclairé, une frontale rouge et un éclairage vélo clignotant. Il est rassuré et se débarrasse de ses gourdes, on voudrait le presser de mille questions déjà mais on se taît, plus tard.

 

Le plaisir de rouler dans la nuit et d’accompagner Jacques en formation de légionnaires romains ?

Il est là et on le lâche plus, un vélo de chaque côté et un derrière, le premier schtauffif qui ose se profiler à moins de deux mètres est immédiatement neutralisé, bâillonné, ligoté au premier arbre après avoir été trempé dans le purin frais de la campagne profonde. Après quelques kilomètres, les autres coureurs ont compris le respect qu’ils doivent à notre équipe, très spontanément, lorsqu’ils veulent doubler notre étalon, ils demandent poliment  « Achtung? Links ? », d’autres affichent leurs remerciements sur leurs dossards où il est écrit STAFETTE, ce qui veut dire en Allemand – Excuse-nous, Jacques, on se dépêche de rentrer car Maman nous attend à la maison pour la soupe – nos cinq sens sont en éveil permanent.

 

Notre anxiété - Jacques semble souffrir - jusqu’au prochain ravitaillement où Philippe nous attend pour le premier massage au 38ème Km ?

Il ne faut pas manquer Philippe et je pars en éclaireur pour le localiser, j’ai failli ne pas le voir dans l’obscurité. C’est bon, il est bien là et pourra prodiguer ses bons soins. Jacques a des nausées et se nourrit uniquement d’eau et de Coca-Cola, même la potion magique préparée par Stéphane ne fonctionne pas.

 

La magie de cette nuit, le froid (6°C ont confirmé certains) qui nous engage parfois à pousser, dans les côtes, un brin plus fort sur les pédales pour réchauffer le moteur qui ne tourne pas au bon régime ?

Le temps passe si vite que l’on est surpris en regardant la montre, nous sommes trop préoccupés par notre objectif : apporter le bien-être au coureur, essayer d’anticiper ses désirs. Il a froid, on sort du sac un nouveau sweat-shirt, mais il préférera attendre Kirchberg au 55ème Km pour changer de tenue, l’équipe est à nouveau réunie au complet pour prodiguer ses soins et encouragements. Les visages sont fermés et l'appréhension règne car le prochain tronçon de dix kilomètres n’est pas autorisé aux accompagnateurs,. Jacques semble avoir terriblement besoin d’être soutenu, mais il s’élance à nouveau pendant que nous terminons nos boissons chaudes.

 

Les 7 à 8 kilomètres que nous avons parcourus, à la frontale, parfois à presque 40 km/h, trop pressés de revoir le coureur et de reformer le noyau ?

Mea Culpa, nous avons failli nous perdre embarqués par la vitesse et l’ivresse nocturne mais Christophe, plus raisonnable, était là pour veiller au grain en arrivant avant nous au point de rencontre. C’est une foule de vélos qui se presse au bord d’un minuscule chemin, cela ressemble à l’arrivée d’un vol long courrier lorsque l’on tente vainement d’approcher le tapis pour récupérer ses bagages. Il faut vite s’en extraire en allant plus loin, Jacques comprendra car nous lui avons dit maintes fois, pendant la préparation, de ne jamais se préoccuper de notre localisation. Il nous semble tarder et nous faisons et refaisons des calculs savants pour déterminer son heure de passage. Il est enfin là.     

 

Le moment d’inattention qui m’a valu de perdre des yeux notre coureur au cours du prochain ravitaillement ?

Nous l’attendons quelques dizaines de mètres plus loin après la traversée d’un pont mais il n’arrive pas, s’est-il arrêté pour boire ou manger ? Est-il aux toilettes ? Christophe rebrousse chemin en courant jusqu’au poste de ravitaillement et revient bredouille ; il est déjà passé. Quelques bons coups de pédales pour rattraper Jacques qui semble aller de mieux en mieux. Stéphane a convaincu Jacques d’engager des séquences 14/1 en prenant soin lui-même du chrono pour soulager le coureur, cela semble porter ses fruits.

         

Le lever du jour lorsque tous les oiseaux de la forêt semblent s’être rassemblés pour chanter et encourager les coureurs ?

Nous traversons des paysages superbes baignés d’odeurs d’herbes fraîchement coupées où se mêlent des parfums de tilleuls. Christophe ne pourra pas résister lorsque des senteurs de pains frais viendront lui provoquer l’odorat, gentille attention que celle de nous offrir des croissants tout chauds et de les déguster dans cette atmosphère matinale.   

 

Cette immense joie de constater que Jacques semble reprendre forme et moral en le voyant avaler d’autres coureurs sur des pentes sérieuses où, même en vélo, nous devons donner de bons coups de reins ?

Les kilomètres s’enchaînent, notre équipe d’assistance a parfois du mal à parvenir aux points de ravitaillement dû à une circulation plus dense et le contact est rompu pour cause de batterie faible sur le potable.

 

Le bonheur de Pépé à Buren, attendant Jacques pour parcourir avec lui, malgré sa blessure, les 10000 cm qui nous séparaient du prochain ravitaillement ?

Pris dans la tourmente, nous n’avons pu déguster les tartines beurrées que Pépé avait soigneusement préparées. Encore des paysages magnifiques à découvrir le long du fleuve dont j’ai oublié le nom, l’eau est claire et les cygnes barbotent, parfois le derrière en l’air.. oui, je sais Christophe, il n’y avait pas que les cygnes qui avaient le derrière en l’air.

 

Un ravissement intense de voir Jacques parcourir ces derniers kilomètres aussi facilement (me semblait-il ?) et d’accéder enfin à l’un de ses rêves ?

Notre équipe a fonctionné à la perfection malgré notre inexpérience, nous avions écrit la partition pour parfaire la mélodie laissant aux membres de l’équipe la liberté d’improviser comme savent si bien le faire les musiciens d’un orchestre de jazz.

 

Il me faut être raisonnable et m’arrêter là, il y aurait encore trop de belles choses à dire.

 

Non, Jacques, s’il fallait garder un seul instant, nous choisirions ces quelques minutes de vive émotion en apercevant ton visage pareil à celui d’un enfant les yeux mouillés par le bonheur, ébahi de découvrir les 37315 secondes qui le séparaient d’un rêve aussi cher.

 

Et tes cyclistes ont fini leurs 100 bornes comme toi, Una Lacrima Sul Viso.   

 

Christian